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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 22:38

 Je tenais à faire découvrir ce Senseï que je n'ai malheureusement connu que par vidéos mais qui m'a toujours fait une forte impression. Je vous laisse découvrir une partie de son autobiographie dont je présenterai d'autres parties plus tard.

Certes il est vrai que les faits relatés sont assez crus mais il faut mettre cela en rapport avec l'époque. Ce qui est intéressant est la façon dont il présente les questions qui se posent à tout pratiquant qui bien souvent au début doute de l'efficacité de l'aïkido. C'est rassurant de voir que même les plus grands se sont posés ces questions inévitables!

 

Gozo_shioda.gif

 

Les chapitres qui vont suivre sont tirés d’Aikidô jinsei (Une vie consacrée à l’aïkido),
l’autobiographie de Gozo Shioda.

Ces extraits sont reproduits avec la gracieuse permission de l’auteur et de sa maison d’édition,
Takeuchi shoten shinsha.
Traduction française: Guy LeSieur
Reproduit ici avec l'aimable autorisation de Monsieur Stanley Pranin - Aiki News © .
L’aïkido du Yoshinkan
Les fondements de la pratique de l’aïkido au Yoshinkan
Le nom de mon dojo est le « Yoshinkan ». C’est ainsi que mon père, qui aimait le budô, avait baptisé son propre dojo qu’il avait construit sur la propriété familiale. C’est en sa mémoire que j’ai continué à l’utiliser. Mon grand père maternel, M. Todo Kato, avait choisi cette expression d’une phrase du poème intitulé Saikontan : gu o mamori kokorozashi o utsusazu mokumoku toshite sono kami yashinau (cultivez votre cœur sans relâche tout en sachant que vous n’êtes qu’un sot). C’est l’origine du nom de mon dojo.

J’ai souvent entendu dire que le Yoshinkan était un dojo où la pratique y était sévère. Je suis d’avis qu’il existe un malentendu à ce sujet. Parmi les adeptes de l’aïkido, il s’en trouve qui veulent maîtriser un art, d’autres qui désirent développer leur corps et leur mental, et d’autres encore qui ont pour but d’améliorer leur santé. Il y a de jeunes hommes et de jeunes femmes, des enfants et des personnes d’âge mûr. Dans tous les cas, les étudiants du Yoshinkan doivent maîtriser les bases de la pratique de l’aïkido. Il se peut que certaines personnes doivent utiliser des muscles qui ne sont pas sollicités d’ordinaire ou qu’ils découvrent de nouvelles façons de faire bouger leur corps. Ces personnes peuvent ressentir, au début, quelques douleurs jusqu’à ce que leur corps s’adapte aux nouvelles conditions. Cependant, pratiquer de l’aïkido sans la maîtrise correcte de ses bases n’est pas faire de l’aïkido. Si vous pratiquez n’importe comment parce que ça vous semble plus facile, vous ne réussirez pas à améliorer votre technique ou même votre santé. Puisqu’il est impossible d’exagérer l’importance de l’acquisition des bases dans la pratique de l’aïkido, nous sommes très strictes dans notre enseignement de celles-ci. Ce travail ardu est exigé du débutant dès le début.

C’est d’une importance capitale pour ceux qui désirent devenir des experts ou ceux qui veulent perfectionner leur technique en aïkido d’acquérir une maîtrise totale des bases. Lorsque vous prenez position face à un adversaire, que vous appliquez une technique ou que vous êtes dans un état de vigilance (zanshin) après son exécution, toutes ces habiletés sont tributaires d’une compréhension des bases et sont nécessaires pour vaincre un adversaire solide. J’expliquerai, un peu plus loin, en quoi consistent ces bases. Pour le moment, qu’il me suffise de vous mentionner que plus vous deviendrez expérimentés, plus vous serez capables de produire une force qui vous paraîtra surprenante même en exécutant des mouvements rapides, si vous avez, bien entendu, maîtrisé les bases.

O Sensei Ueshiba a dit : « en aïkido, les gagnants et les perdants sont départagés à la vitesse de l’éclair ». Et il en est vraiment ainsi. À moins de pouvoir terrasser votre adversaire du premier coup, vous ne pouvez appeler votre art un « budô ». C’est seulement en vous conformant aux bases que vous pourrez vaincre votre adversaire de cette façon.

L’acquisition de véritables habiletés au combat n’a rien à voir avec le sport de combat
Il n’y a pas d’aïkido de compétition. Nous exécutons, à tour de rôle, les techniques et les chutes de façon répétitive. Cette situation est une cause de frustration pour les jeunes gens. Ils se plaignent de ne pas pouvoir évaluer leur progrès technique sans se mesurer à d’autres. Ce sentiment qu’ils éprouvent provient, en grande partie, de la popularité démesurée des sports et du fait que ceux-ci produisent des gagnants et des perdants d’épreuves sportives. Les compétitions sportives sont réglementées, ce qui permet de départager les concurrents. L’aïkido, quant à lui, n’est pas un sport. C’est un budô. Ou bien vous vainquez votre adversaire ou c’est lui qui a raison de vous. Vous ne pouvez pas, après la défaite, vous plaindre qu’il n’a pas suivi les règles. Vous devez trouver le moyen de le battre en vous ajustant à chaque situation.

Étant jeune, je pouvais évaluer mon niveau technique par la pratique et les démonstrations. Puisque je ne croyais qu’en ce que je pouvais faire par moi-même, je me suis attelé à la tâche de parfaire mes habiletés par une pratique assidue. À l’époque, j’étais un peu sceptique quant à ma capacité à faire face à une véritable situation de combat. Un jour, je me suis retrouvé dans une position qui m’a permis de réaliser l’incroyable efficacité de l’aïkido que j’avais pratiqué jusque-là et je fus reconnaissant d’avoir entrepris cette étude. À partir de ce moment, une grande confiance s’est développée en moi. Laissez-moi vous relater l’incident.

C’était en juillet 1941, environ cinq mois avant que le Japon déclare la guerre aux États-Unis d’Amérique. J’avais 26 ans. Shunroku Hata, un général de l’armée et un ami intime de mon père, éprouvait beaucoup de sympathie à mon égard. Il était le commandant suprême des forces expéditionnaires en Chine. C’est en qualité de secrétaire particulier qu’il m’a fait venir à Beijing. Sur l’ordre du général, avant de rallier Hanoi, j’ai fait une escale à l’aéroport de Shanghai pour me divertir un peu. Durant cette halte, alors que j’errais dans l’aéroport, j’ai rencontré par hasard l’un de mes cadets de l’Université de Takushoku. L’homme se nommait Uraoka. Nous nous sommes donné l’accolade tout en sautillant de joie à cette merveilleuse coïncidence. Puisqu’il sera question de cette rencontre dans la deuxième partie, je n’entrerai pas ici dans les détails.

Nous entrons maintenant dans le cœur de notre propos. Uraoka m’a proposé de me conduire à l’un de ces endroits huppés du quartier français de Shanghai. Avec mon cœur qui palpitait, je l’ai suivi alors qu’il pénétrait à l’intérieur de l’établissement en question. Il devait être environ 20h. On nous avait conduits dans une pièce privée où une vive négociation a commencé entre Uraoka et un homme qui m’apparaissait comme une sorte de rabatteur. La négociation a tourné au vinaigre et une querelle s’en est suivie. Mon cadet a fini par mettre un terme au différend en lui assénant un violent coup de poing au visage. L’individu a commencé à saigner de la bouche et a quitté la pièce en criant. Saisi, je ne comprenais pas ce qui s’était produit. Uraoka, quant à lui, s’est tourné vers moi en faisant la grimace et s’est mis à crier après moi :

« Shioda, nous serons morts dans quelques minutes. Il reviendra sûrement avec ses copains pour nous faire la peau. Prépare-toi ! »

Je lui ai proposé de fuir sur-le-champ.

« Impossible ! Nous serions tués durant notre fuite. Nous serons incapables de bouger d’ici avant le matin ». Il m’a répondu avec l’expression d’un homme qui s’était résigné à mourir.

J’étais bien malheureux à la pensée que j’allais mourir à l’âge de 26 ans dans un tel endroit à Shanghai. Et pourtant, je sentis une force monter en moi alors que j’allais devoir me battre pour rester en vie. Notre situation était désespérée.

Contrairement à Uraoka qui portait une arme à cause de son travail, je n’en disposais d’aucune pour me défendre. Prenant une bouteille vide qui se trouvait dans la pièce, je pris position près de la porte avec la ferme intention d’assommer les attaquants dès qu’ils ouvriraient la porte. L’atmosphère était tendue et le temps s’éternisa. L’impatience eut finalement le dessus sur moi et je dis à Uraoka que personne n’allait venir. Sans broncher, il répéta qu’on allait certainement venir régler notre compte.

Finalement, vers deux heures du matin, on les entendit s’approcher. D’après ce qu’on pouvait en déduire, ils étaient quatre ou cinq. Je pris position contre le mur prêt à bondir. Puis, je me suis mis à trembler. J’ai tenté de m’en empêcher, mais sans succès. C’était un tremblement différent de celui causé par de la fébrilité.

J’entrebâillai la porte espérant les surprendre. J’avais l’intention d’ouvrir brusquement la porte dès que l’un d’eux aurait tourné la poignée. Ce faisant, j’espérais que cette manœuvre les fasse trébucher pêle-mêle dans la chambre. Uraoka, quant à lui, braquait son arme sur la porte. Dans la pièce, c’était l’obscurité totale.

Puis, soudainement, le bruit des pas s’est tu un moment juste à la hauteur de la porte. Par l’entrebâillement, je risquai un coup d’œil furtif et les vis s’approcher à petits pas. Juste au bon moment, j’ai ouvert brusquement la porte. L’un des hommes fut surpris par ma manœuvre et trébucha à travers le seuil. Je lui assénai un coup sur la tête avec la bouteille qui vola aussitôt en éclats. La bouteille, que je tenais par le goulot, était maintenant dentelée comme une mâchoire de requin. M’empressant de le frapper avec cette nouvelle arme je le lui enfonçai dans le visage en tournant. Cela lui a probablement causé une douleur atroce. Le sang gicla et il bascula vers l’arrière. Je l’empoignai aussitôt et le ramenai dans la pièce pour l’empêcher de fuir. Tout s’est produit l’espace d’un éclair.

Il restait encore trois hommes à mettre hors combat. C’est à ce moment qu’un corpulent Chinois tenta de me frapper d’un coup de pied. Je l’évitai en pivotant sur ma gauche pour lui tourner le dos tout en lui assénant un coup de poing sur sa jambe qui frappait. Le tout s’est opéré naturellement et sans effort. Il perdit l’équilibre et s’affaissa. J’ai appris plus tard que l’articulation de son genou avait subi une fracture.

M’étant facilement débarrassé de deux adversaires, je retrouvai un peu de mon sang-froid. Ce fut court comme répit parce qu’un autre assaillant tenta aussitôt de m’asséner un coup de poing au visage. Je l’évitai en pivotant à l’intérieur et appliquant une variation de la technique shihonage, je saisis son bras par-dessous. Puis, appuyant son coude sur mon épaule pour m’en servir comme point de levier, j’appliquai une pression sans ménagement. Son coude céda plus facilement que je ne l’aurais cru et l’homme fut projeté vers l’avant. J’avais mis hors combat trois hommes en moins d’une minute. Puis, les ayant attachés avec ma ceinture, je pris calmement connaissance de la situation.

Uraoka luttait avec le dernier des assaillants. Uraoka détenait un quatrième dan de judo et était un combattant compétent. Il se battait de façon vraiment superbe. Et bien qu’il projetât son adversaire aisément en se servant d’hanegoshi et d’uchimata exécutés avec perfection, ce dernier n’avait de cesse de se relever et de l’attaquer à nouveau. Uraoka n’arrivait tout simplement pas à appliquer une technique qui put knockouter son adversaire et dut continuer à se battre. Voulant faire la preuve de l’efficacité des atémis de l’aïkido, je demandai à Uraoka de prendre la relève. Lorsque l’adversaire se releva après une dernière projection effectuée par Uraoka, je lui servis un atémi aux cotes. Il gémit en écumant de la bouche et tomba à la renverse.

C’est ainsi que je pus constater les résultats d’une pratique quotidienne de l’aïkido parce que j’avais été placé face à une situation de vie ou de mort contre mon gré. Toutefois, les pratiquants d’aïkido devraient éviter à tout prix de provoquer le combat ou de chercher à tester l’efficacité de leur technique. Il n’est pas nécessaire d’utiliser de telles méthodes pour développer son habileté. Il ne suffit que de continuer à s’entraîner avec un esprit pur et selon les principes de l’aïkido. À celui qui s’appliquera ainsi à la pratique de l’aïkido, beauté et équilibre transparaîtront à travers lui dans sa forme et ses mouvements. Cela sera évident du premier coup d’oeil.

 

On peut voir sur cette vidéo l'aisance avec laquelle il se déplaçait à un âge déjà avancé et l'énergie qu'il dégageait. Le résultat d'une vie consacré à l'aïkido:) 

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Published by julien coup - dans La pratique de l'aïkido
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